Rien dans les poches

J’ai rencontré les Romanès il y plus de dix ans, et je m’en souviens encore comme si c’était hier.

Leur envoûtant petit spectacle de gitans, leur chapiteau à taille humaine, et toute cette famille et toute cette âme sur la piste, ça m’avait refilé des yeux de gamin le temps d’une soirée…

Je me souviens de la poésie de cet instant, des illuminations, des flashs au cœur, du rire et de la musique — la musique, oui, partout !

Je me souviens surtout cette sensation étrange de faire tous corps, artistes, public et musiciens, retenant notre souffle ou le donnant, et combien être ensemble fut facile, ce soir là, par la grâce d’une famille bizarre et par la magie de tous ceux qui la composent, gitans de trogne ou d’âme. Depuis, je n’ai pas manqué de voir leurs spectacles, et chaque fois, chaque exacte fois, ce fut la même magie, et le même étonnement.
Dix ans plus tard, mes amis gitans ont adopté l’homme itinérant que je suis, et mon fils né il y a peu porte le prénom de l’un des leurs sur son état civil. Et si j’ai laissé le vent, la poésie et la folie de vivre gagner tout entier mon cœur, c’est en grande partie grâce à eux, à leur musique — et je ne les en remercierai jamais assez…
Entre-temps, le Cirque Romanès a déménagé, parachuté il y a cinq ans dans le so chic 16