T’as pas cinq balles ? (ou comment apprendre à compter en wolof)

Apprendre à compter en wolof, c’est aussi une question d’argent.

Je m’explique :

en gros, vous ne comptez pas de la même manière si vous comptez n’importe quoi

(des choux, des chèvres, les pages d’un livre, le nombre de bières qui restent dans le frigo, les moutons en vous endormant…)

ou de l’argent.

(des francs CFA, en l’occurence)

500 F cfa, téeméer
le plus petit des billets

Si vous comptez n’importe quoi, c’est facile,

il vous suffit de savoir compter jusqu’à cinq

et ensuite c’est affaire d’addition :

benn 1

niaar 2

niett 3

nient 4

juròom 5 (à prononcer « djoroum »)

juròom ben 6 (5+1)

juròom niar 7 (5+2)

juròom niet 8 (5+3)

juròom nient 9 (5+4)

fukk 10 (à prononcer « fouck »)

(attention à bien chiader la prononciation de 3 et 4, qui se ressemblent fort, parce que les chauffeurs de taxi ont bizarrement l’oreille assez dure, et croient toujours avoir entendu 4 quand vous avez articulé 3 tant bien que mal…)

 

et pour la suite, on multiplie les dizaines et on enchaîne de l’addition en veux-tu en voilà ! Donc…

fukk ag benn 11 (dix et un) 

fukk ag niar 12 (dix et deux)

fukk ag niett 

fukk ag nient

fukk ag juròom

fukk ag juròom benn 16 (dix et cinq et un)

fukk ag juròom niar

fukk ag juròom niett

fukk ag juròom nient

niaar fukk (deux vingt)

 

Une fois qu’on a compris l’histoire, ça roule tout seul :

on continue sur le même principe,

en multipliant les dizaines

et en rajoutant nos habituels 5 (benn, niar, niett, nient, juròom)

et 5+1234 (juròom benn, juròom niaar, juròom niett, juròom nient)

et on s’en sort peu à peu

(inch’allah…)

Ansi 57, c’est

juròom fukk ag juròom niaar

(5X10 + 5+2)

(si y en a qui suivent encore, ils ont gagné un verre à l’oeil !)

Une fois qu’on sait en plus que :

– 30

c’est « fanweer » (fanwè:r) (ce qui signifie « jour » et « lune »)

– 100

c’est « téeméer »

– et 1000

c’est « junni » (djounni)

 

on se dit que 46664 (le matricule de Mandela), en wolof ça donne

« nient fukk ag juròom benn junni ag juròom ben téeméer ag juròom ben fukk ag nient »

(soit 4×10 et  5+1 x 1000 et 5+1 x 100 et 5+1 x 10 et 4)

(reprenez votre respiration)

et alors là on s’y croit,

on croit que c’est la fête, et qu’on peut tout compter, tout dénombrer, et même négocier comme un vrai Dakarois, dans la plus pure langue de Youssou N’Dour avec le premier taximan venu.

Bref, on s’enflamme…

 

Mais là je dis : grossière erreur, mes gaillards…!

(Non mais allô quoi ! – spéciale dédicace à Seb Hervieu et  à son magnique blog :

L’Afrique du sud en couleurs)

Car quand il s’agit d’argent, en wolof on ne compte plus du tout de la même manière !

Car quand il s’agit d’argent, on ne compte pas en nombres,

mais en pièces.

Ou plutôt en UNE pièce, le « dërëm ». Cinq francs CFA, l’unité de mesure de base de tous les prix en wolof.

5F cfa, le dërëm

(A prononcer « deureum », très au fond de la gorge.)

Ou pour le faire en langage scientifique pour mes amis ingénieurs :

on compte en unité 5 !

Quand le coût de la vie n’était pas encore si cher au Sénégal (dans les années 50, un poulet coûtait 50 frans cfa, parfois même moins), le dërëm était la base de toute négociation. Aujourd’hui si la pièce existe encore, elle ne circule presque plus – et d’ailleurs on l’ellipse en bout de mot.

Mais prenez garde, et souvenez-vous bien :

quand il s’agit d’argent, en wolof on compte de cinq francs en cinq francs.

Donc si le vendeur vous dit : « téeméer », 100, le prix qu’il vous annonce est en réalité « 500 ». Il a juste o